Point de vue sur le "rôle positif de la présence française outre-mer"
Puisque le tristement célèbre chant colonial C’est nous les Africains qui revenons de loin a retenti mercredi dans l’enceinte du conseil régional du Languedoc-Roussillon, puisque les élus du Front national l’ont repris en choeur avec enthousiasme en ayant une pensée émue pour leur chef, l’officier tortionnaire d’Algériens Jean-Marie Le Pen, puisque les députés du parti du président de la République, l’UMP ...
4 décembre 2005
Puisque le tristement célèbre chant colonial C’est nous les Africains qui revenons de loin a retenti mercredi dans l’enceinte du conseil régional du Languedoc-Roussillon, puisque les élus du Front national l’ont repris en choeur avec enthousiasme en ayant une pensée émue pour leur chef, l’officier tortionnaire d’Algériens Jean-Marie Le Pen, puisque les députés du parti du président de la République, l’UMP, qui est aussi le parti du premier ministre et du ministre de l’Intérieur, considèrent que le visage du colonialisme a des traits positifs et n’en démordent pas, puisqu’ainsi les plus hautes autorités de l’État saluent la mémoire des empires coloniaux qui ont plongé dans une nuit interminable de sang, de misère et d’oppression des continents entiers, puisqu’ainsi ils ignorent l’un des droits fondamentaux reconnus solennellement par la communauté internationale, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, puisqu’ils mettent donc le travail des historiens sous les verrous et font ainsi indirectement l’éloge de la conquête de l’Algérie par des colonnes de bouchers en uniforme et ne font toujours pas le deuil de la déculottée militaire dans la cuvette de Diên Biên Phu, puisqu’ils insultent les fils des colonies, même ceux qui sont désormais des citoyens français, puisque c’est ainsi, en ayant une pensée pour l’affamé noyé dans le détroit de Gibraltar, pour le jeune homme déchiré à mort sur les barbelés de Ceuta ou Melilla, pour la famille traquée et démantelée dans une banlieue d’une grande ville, un seul mot vient sous la plume, que cette fois nous ne chasserons pas : salauds !
Et c’est précisément à l’heure où dans les palais officiels la « négrophobie » et « l’arabophobie » relèvent la tête que se tient à Bamako, au Mali, le treizième sommet franco-africain dont Jacques Chirac est « le patron ». Que de spectres hantent ces lieux ! Croit-on que l’état critique dans lequel est plongé le continent africain depuis un demi-siècle n’a pas à voir avec l’histoire tragique que l’Europe lui a fait subir ? Quelle ingratitude des générations de puissants bourgeois de Nantes, de Bordeaux ou d’ailleurs ont manifestée à l’égard des Africains qu’ils ont soumis en esclaves à vendre pendant des siècles, et ont accumulé ainsi des patrimoines colossaux !
De quel manque de reconnaissance font preuve les industriels des années soixante qui ont bâti des fortunes considérables en « important » des centaines de milliers de Maghrébins et d’Africains pour les chantiers du bâtiment, des autoroutes, des usines automobiles, etc. ! Que font-ils donc pour les enfants des banlieues, eux qui doivent tout à leurs pères, leurs grands-pères et leurs aïeuls ? Qui osera dire à messieurs Sarkozy et Villepin que prendre pour cible, et mettre en croix, le monde de l’immigration est une faute politique et une honte morale du cœur de l’ancien pays colonisateur ?
Dans l’ancien Empire français, qu’adore tant la vieille droite réactionnaire, 320 millions d’habitants disposent de 1 dollar par jour pour survivre. On y recense douze des dix-huit pays les plus pauvres du monde. Ses richesses naturelles y sont pillées par les grandes multinationales avec un taux incomparable de profit. Sa dette atteint 275 milliards de dollars. 30 millions d’Africains sont infectés par le sida. 1 sur 10 a accès au traitement réparateur...
Allez, merci les colonies, pour les « damnés de la terre ».
par Claude Cabanes


