Message des Sans Papiers aux Ami-e-s et Camarades Communistes

Suite à la rencontre de Jean-Marie Doussin et Mackendie Toupuissant avec les occupants du 15,rue Emile Connoy à Saint Denis, les Sans papiers adressent le message suivant aux communistes du département. NOUS, membres de la coordination 93 de lutte pour les Sans papiers, sommes fiers et fières d’affirmer : « Nous sommes des travailleurs en lutte ».


21 juin 2006

Nous venons d’un « ailleurs » rendu de plus en plus misérable par l’accélération du capitalisme...

Nous venons d’un « ailleurs » où on meurt de faim, de maladies mal soignées...

Nous venons d’un « ailleurs » de répression politique, de corruption...

Nous venons d’un « ailleurs » qui compte sur notre solidarité financière pour contribuer au développement. Nous envoyons tous de l’argent « ailleurs » pour aider nos villages. Combien de centres de santé, écoles.... construits grâce à notre argent ?

Nous avons un jour « décidé » de construire notre vie ici.

Nous sommes donc des milliers de femmes et d’hommes qui partageons vos joies, vos peines et vos espoirs. Nos enfants bénéficient du même enseignement.

Nous faisons très majoritairement partie de familles régulièrement installées en Seine-Saint-Denis. Parfois, nos parents, frères, soeurs, cousins ou cousines sont Français ou le deviendront.

Nous aussi, vendons notre force de travail pour survivre...au plus grand profit des mêmes patrons.

Mais nous sommes Sans Papiers ce qui signifie :

Que nos salaires sont les plus bas. Que nous n’avons aucun droit....

Que nos employeurs ne nous déclarent pas.

Que nos employeurs ne cotisent ni à la sécurité sociale, ni aux assédic, ni aux caisses de retraite.

Parce que Sans Papiers, nous avons conscience d’être utilisés afin de tirer l’ensemble des travailleurs français, étrangers vers le bas.

Nous ne sommes pas « en trop » car nous occupons des emplois nécessaires au développement de la société française : agents d’entretien, bâtiments, hôtellerie, ouvriers non qualifiés, emplois d’aide à la personne...

Nous sommes constamment soumis à la peur d’un simple contrôle policier ou à la délation.

Nous ne sommes pas délinquants mais plutôt les victimes de maffieux « sous terrains » : certains patrons, avocats, logeurs et parfois même des médecins.

Comme vous, nous aspirons à une société de droits et de devoirs pour tous : payer cotisations, taxes et impôts selon nos moyens. Comme vous, nous aspirons à lutter contre les abus, les trafics, la flexibilité, la précarité organisée.

Depuis la circulaire de février, nous sommes en danger partout, dans une école, un square, à domicile et même dans un hôpital. Nous sommes les sacrifiés de stratégies politiciennes qui nous désignent comme étant les responsables des reculs sociaux. Il est tellement facile de penser que nous sommes coupables d’aggraver les difficultés économiques et sociales.

Il y a des dizaines d’années, les mêmes arguments étaient utilisés en direction des Italiens, Espagnols, Polonais et même les bretons au début du siècle.

Nous allons, par la nouvelle loi, être condamnés à la clandestinité à perpétuité, au célibat à vie...

Sauf pour une petite partie régularisable en fonction des besoins stricts du patronat. Leur titre de séjour lié au contrat de travail les maintiendra « soumis » à merci, corvéable...et sans velléité de résistance ou de syndicalisme.

L’aggravation de la précarité d’une catégorie de la société renforcera le processus de précarité de l’ensemble des salariés.

Nous refusons l’insulte d’être considéré comme étant subis.

Nous refusons la suspicion systématique quand nous nous marierons ou aurons des enfants.

Nous avons un intérêt commun à lutter contre une « justice » qui verra renforcer les pouvoirs discrétionnaires des préfets et des maires.

Nous refusons toute hiérarchisation des catégories d’étrangers : les compétents et talentueux, les parents d’enfants maîtrisant la langue française....

Les avancées minimes obtenues pour une toute petite partie d’enfants scolarisés, ne peuvent suffire.

Nous nous félicitons de la mobilisation citoyenne autour de quelques uns de nos enfants... mais nous espérons qu’elle ne s’arrêtera pas là.

Sinon la loi sera appliquée avec dureté envers les familles, les jeunes mais aussi et en particulier les célibataires.

Nous ne réclamons pas de la charité ou de l’apitoiement.

Nous avons besoin de votre présence, de votre compagnonnage, de votre expérience. Nous connaissons les valeurs défendues par les communistes français tout au long de l’histoire. Nous avons besoin d’une solidarité globale et non sélective. Nous gagnerons ensemble...ou nous perdrons.... Nous avons besoin de votre présence militante durant tout l’été, de votre intervention en cas de coup dur. N’hésitez pas à venir au local occupé depuis le 24 mars 2006 au 15 rue Emile Connoy à SAINT DENIS.