Crise en Europe :

"L'avenir appartient à ceux qui défieront les marchés." (Pierre Laurent - PCF)

Salle comble ce vendredi 7 octobre pour accueillir une importante initiative du Parti de la Gauche Européenne, présidé par Pierre Laurent, secrétaire national du PCF.

L’intervention de Pierre Laurent aura, à cette occasion, permis de dégager des perspectives pour celles et ceux qui, en France et en Europe, ont l’ambition d’affronter la domination des marchés et de dépasser la crise inédite du capitalisme que celle-ci a fait naître et qu’elle continue à aiguiser. Nous publions ici l’intégralité de cette intervention :

« Nous sommes là, à un moment clé de l’histoire de l’Europe. Jamais l’Union européenne n’a connu une telle crise. L’UE risque l’éclatement si ses dirigeants actuels s’obstinent à servir les insatiables marchés et les rapaces du capital.

Depuis 3 ans, la seule réponse des dirigeants capitalistes a été un plan de sauvetage des banques et des marchés financiers ainsi que des plans d’austérité drastiques. Ils ont appauvri les peuples et endetté les États.

Depuis 2008, les capitalistes sont prêts à tout pour sauver leurs intérêts, prêts à tout pour ne pas payer leur crise, prêts à tout... jusqu’à piétiner la démocratie et mettre les peuples à genoux ! Le résultat est que, mois après mois, ils enfoncent les travailleurs européens dans la crise et ce n’est plus supportable.


12 octobre 2011

Aujourd’hui, la crise du système bancaire et financier continue de plus belle. Des tractations sont en cours pour de nouvelles recapitalisations des banques. José Manuel Barroso vient de donner les chiffres : les États, et donc les peuples européens, ont déjà renfloué les banques à hauteur de 4 600 milliards d’euros de fonds d’aides et de garanties, soit 4 003 milliards de livres sterling. Cela démontre à quel point toutes ces mesures sont inefficaces.

Qu’a proposé monsieur Barroso, dans son discours sur l’état de l’Union prononcé mercredi devant le Parlement européen ? De continuer. Il explique, je cite : “Les causes de la crise sont connues : l’Europe n’a pas répondu aux défis de la compétitivité. Certains pays ont vécu au-dessus de leurs moyens. Sur les marchés financiers, il y a eu des comportements irresponsables et inadmissibles. Nous avons laissé se creuser des déséquilibres entre nos États membres, particulièrement dans la zone Euro”.

Et d’en tirer les conclusions suivantes :

  • Un, les solutions à la crise se trouveraient dans l’écrasement des salaires, la généralisation de la précarité et la remise en cause des droits des salariés et des retraités. Il faudrait donc amplifier les mesures déjà prises avec le Pacte euro+. Et pour les jeunes frappés par le chômage que propose Barroso ? “Des stages et des possibilités d’apprentissage” !
  • Deux, il faudrait discipliner les États “moutons noirs” en leur imposant de nouvelles mesures d’austérité.
  • Trois, puisqu’il y a des déséquilibres entre les États, l’UE devrait contrôler a priori les choix budgétaires et macro-économiques des États membres. Ça, c’est le “six pack”, voté au Parlement européen mercredi dernier.

Face à cette dictature des marchés, nous avons la responsabilité de défendre les droits sociaux et politiques des peuples européens. Pour cela, il y a des vérités à rétablir !

Il faut démontrer la responsabilité des banques et des dirigeants actuels. Ils sont coupables d’avoir mis les peuples en concurrence, coupables de les obliger au dumping fiscal et social, coupables de creuser les déficits et de nous contraindre à emprunter sur les marchés financiers.

La création monétaire au service de l’humain est écartée par principe, les issues verrouillées au nom du pacte de stabilité de la banque centrale européenne.

Ils sont coupables d’avoir compressé les salaires et les revenus des travailleurs au profit des actionnaires. Si nous en sommes là, c’est d’abord parce que la répartition des richesses a basculé de 10 points en faveur du capital dans les 3 dernières décennies. La seconde vérité, c’est que les solutions à la crise ne se trouvent pas dans le consensus néolibéral. Nous, nous ne voulons pas gérer la crise, nous voulons en sortir ! Les solutions se trouvent dans la création et une répartition des richesses en faveur des travailleurs, dans l’augmentation des salaires, dans une fiscalité juste et dans une politique de relance sociale financée autrement que par l’emprunt sur les marchés financiers.

Le PGE propose de remplacer le fonds de stabilisation par un Fonds de développement social et solidaire. À l’opposé du fonds de stabilité européen, il distribuerait des financements pour des projets de service public sur la base de critères sociaux et environnementaux.

Il pourrait parfaitement être abondé par la BCE, une part du budget de l’UE et la taxation des transactions et revenus financiers, il libèrerait l’investissement public des marchés financiers et désarmerait les spéculateurs.

A partir de mai 2012, nous utiliserons la procédure d’initiative citoyenne européenne pour le promouvoir. Dès aujourd’hui, nous exigeons un audit public sur la dette et l’annulation de la part illégitime des dettes des États.

Nous devons également nous battre contre les attaques à la souveraineté populaire, aux souveraineté nationales des pays membres de l’UE. Sachez qu’au PGE, nous ne sommes pas des euro-béats et nous défendrons toujours la souveraineté des peuples. Nous ne voulons pas de leur « gouvernance économique » et du fédéralisme autoritaire que viennent d’adopter en chœur au Parlement européen les libéraux, les écologistes et les sociaux-démocrates.

Cette soumission aux marchés, non seulement ne règle rien mais en plus, ouvre un boulevard à l’extrême droite en Europe. Ces populismes, qui attendent l’éclatement de l’UE, ne se soucient pas de la soumission au dollar et du chaos social qu’il implique.

Que l’on soit membre de la zone euro ou non, que l’on rejette l’Union européenne ou que l’on se batte pour la transformer, nos destins sont liés et nos combats sont les mêmes. Soyons solidaires, travailleurs, chômeurs, précaires, femmes, immigrés, contre les marchés. Soyons solidaires. Notre adversaire est le même : l’exploitation et la domination capitaliste.

Le niveau européen pour cette bataille est crucial. Et je suppose que si vous convoquez une conférence européenne, c’est que vous mesurez à quel point nous avons besoin d’unir les forces qui résistent à l’offensive capitaliste en cours, dans l’action et dans la construction d’une alternative politique. C’est la raison pour laquelle le Parti de la gauche européenne a tenu à répondre favorablement à votre appel.

En mars dernier, à Athènes, nous même avons lancé un appel à toutes les forces, politiques, sociales, démocratiques, culturelles, associatives, dans les différents pays et au niveau européen, à créer des fronts de résistance aux politiques d’austérité, pour que l’humain prime sur la finance. Nous nous sommes ainsi engagés à participer et à aider, partout et sans a priori, la construction de ces fronts.

C’est pour cela que nous sommes ici, et c’est pour cela que nous serons aux côtés des indignés le 15 octobre et au contre sommet du G20 en novembre dans le sud de la France.

Il n’y a pas de fatalité. La crise ouvre le champ des possibles. Depuis 2008, de puissantes mobilisations ont eu lieu. Vous en savez quelque chose en Grande-Bretagne, vous qui vous mobilisez contre l’austérité, contre la casse des services publics, contre les coupes budgétaires, contre la politique de Cameron et des dirigeants de l’Union européenne. Tout cela nous invite à faire converger les luttes.

Le caractère massif des dernières mobilisations étudiantes, des fonctionnaires, les nouveaux appels à la grève lancés contre le plan de destruction des pensions de retraites des travailleurs britanniques nous donnent espoir, nous donnent de la force pour, nous aussi, continuer à nous mobiliser dans nos pays et au niveau européen.

En France, 7 millions de personnes sont sorties dans la rue contre la réforme des retraites et tous les jours des salariés entrent en lutte pour la défense de leur emploi. Le mouvement des indignés en Espagne, en Grèce, les grèves générales contre les privatisations et les cures d’austérité, les euro-manifestations... ça bouge !

Les gouvernements qui ont appliqué les cures d’austérité sont sanctionnés électoralement. En Irlande, en France où le Sénat vient de passer à gauche, au Danemark ou l’alliance rouge-verte a triplé son nombre de sièges au parlement, des changements se produisent. Les idées que nous défendons depuis des années progressent. Qui se doutait que la commission européenne adopterait cette semaine, la taxe sur les transactions financières ? Quelle victoire pour nous ! Une victoire qui démontre que ce que l’on qualifiait d’utopique hier, peut devenir réalité aujourd’hui.

L’avenir appartient à ceux qui défieront les marchés. « Si vous nous empêchez de rêver, nous vous empêcherons de dormir » scandent les indignés ! Il y a de l’espoir ! C’est également ce message que je voulais vous porter, de la part de ceux qui luttent comme vous, en Europe, pour l’union, la solidarité, contre l’austérité pour changer le monde. »

Pierre Laurent, le 7 octobre 2011.


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