Feuille(s) de route
La fragilité de l’espoir appelle non pas un attentisme sceptique mais tout au contraire un engagement déterminé
11 juillet 2003
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Entre scepticisme, prudence et espoir renaissant, la marge est étroite. L’annonce de la trêve décidée par le Hamas, le Djihad et le Fatah, les premiers retraits des forces israéliennes du nord de Gaza et de Bethléem, l’annonce des premières libérations de prisonniers palestiniens, les rencontres à Jérusalem entre Sharon et Mahmoud Abbas ouvrent la voie à une mise en oeuvre de la feuille de route proposée par le quartet - Etats-unis, Union européenne, Russie et ONU. La fragilité de cet espoir appelle non pas un attentisme sceptique mais tout au contraire un engagement déterminé.
Pour nous l’objectif est clair : la création d’un Etat palestinien viable, dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-est pour capitale, et une sécurité garantie pour Israël, assurée de son droit à l’existence. Aujourd’hui, pour faire reculer les peurs et la logique de vengeance, pour redonner espoir et isoler les extrémistes, pour alléger les souffrances des populations tout simplement, tout appelle à se saisir de cette « pause » et à la rendre durable. Avec ses ambiguïtés et ses limites la feuille de route fixe la perspective de la création d’un état palestinien en 2005, en s’appuyant sur les avancées antérieures. Dans ce processus elle prévoit comme premières étapes l’arrêt des actes de terrorisme, le retrait de l’armée israélienne sur les positions de septembre 2000, le démantèlement des colonies sauvages et le gel de la colonisation. Sa mise en oeuvre dépend en premier lieu des volontés politiques, des pressions internationales, mais aussi d’évolutions dans les opinions, en Palestine et en Israël. Le processus engagé en effet ne peut réussir que s’il se traduit pas des changements visibles pour les populations.
De ce point de vue il est décisif que dans les jours qui viennent les autorités israéliennes, si elles veulent réellement consolider la trêve, arrêtent la répression et les assassinats ciblés, et prennent des mesures significatives pour lever les entraves à une vie normale pour les populations palestiniennes. Elles assureront d’autant mieux l’autorité de leur interlocuteur palestinien qu’elles mettront en oeuvre sans tergiverser la première phase de la « feuille de route ». L’arrêt de la construction du mur de séparation en Cisjordanie - significatif de l’échec de la politique ultrasécuritaire de Sharon et véritable bombe à retardement en vue des discussions sur le tracé des frontières - signifierait la prise en compte de la trêve et le choix d’une stratégie réaliste de l’apaisement.
L’autre élément d’une dynamique de paix consiste en un engagement plus net, plus déterminé des européens - et donc de la France - partie prenante de la feuille de route. Il s’agit de conforter la stratégie politique adoptée par l’autorité palestinienne, peser pour une application effective des engagements pris, et pour favoriser un environnement pacifique. En multipliant les contacts avec les pays arabes, en créant les conditions d ?une force internationale de sécurité, les Européens ont un rôle spécifique à jouer. Ne pas laisser Bush seul maître du jeu sera déterminant pour la reprise d’un véritable processus de négociation.
Enfin, dans ce moment si délicat, mais décisif, l’expression de solidarités citoyennes, populaires est irremplaçable pour rompre les logiques de peur et de désespoir. Solidarités concrètes face la situation insoutenable faite aux palestiniens. Solidarités politiques envers ceux qui en Palestine s’inscrivent dans la construction du dialogue politique, et avec la gauche pacifiste israélienne, pour faire contrepoids à la droite et aux ultras, alors que Sharon est confronté à une crise sociale et économique sans précédent. Parce qu’après ces trois années de violence, ces milliers de victimes, ces destructions, plus que jamais il apparaît qu’il n’y aura pas de solution militaire, ni dans la violence.
Telle pourrait être, dans ce moment que les incertitudes rendent plus crucial encore, la « feuille de route » d’une solidarité active.


