Conseil départemental du 23 novembre 2005

Introduction de Florinda Albero :

Si nous craignons que notre conseil soit seulement à thème et en déphase de l’actualité, la grande médiatisation autour de la précarité des jeunes des banlieues nous indiquent exactement l’inverse.


2 décembre 2005

Nous sommes en plein dedans.

Depuis les faits qui se sont déroulés et dont vous avez les uns et les autres beaucoup débattus ici et dans vos sections, pas un jour ne se passe sans que presse et tv, radio ne pointent la présence de ministres dans le 93, ne donnent la parole à Pernès, Gaudron, Lagarde et bien sûr Raoult ! Pas un jour où ne soient pas mis en scène des initiatives à l’instar de celles de Saint Ouen avec Parisot où l’on ne veuille montrer que patronat et pouvoir font la « guerre » au manque d’emploi pour la jeunesse dans le département.

Quand on « ôte » le vernis de ce qui se dit et fait sur les solutions avancées réelles, il y a :

  le constat qui m’évite de vous abreuver de chiffres car, sur le constat aggravé dans nos banlieues et de nombreux quartiers, on est d’accord.
  Des propositions... Mais pas à la hauteur de l’enjeu. « Sans ce qui c’est passé, celles-ci n’existeraient alors qu’élus, organisations syndicales, associations, partis politiques en réclament et de fond ». D’ailleurs, tout cela peut accréditer l’idée qu’il y a besoin de « brûler des voitures » pour obtenir quelque chose, et que donc l’action syndicale, la grève ne marche pas, voire ne sert pas. Voyons la dangerosité de cette idée cultivée, pour nous les communistes.

Ces propositions sont appelées bonnes nouvelles dans le parisien d’aujourd’hui, moi j’appelle cela du saupoudrage. Quand va-t-on aborder les vraies questions de l’utilisation du fric ?

2è exemple : Quid par exemple des 30 millions d’euros que la région va perdre avec la baisse du taux de cotisation des entreprises.

Quid d’une réforme de la fiscalité des entreprises qui enfin taxerait les profits et sanctionnerait les entreprises qui usent et abusent de la précarité et des bas salaires, ou/et qui n’embauchent pas. Ceci est d’ailleurs réclamé par la CGT dans les négociations UNEDIC.

Sur d’autres choix, je vais y revenir plus loin.

Permettez-moi de recadrer le sens du CD, les raisons qui ont conduit à le tenir.

Nourrir bien sûr réflexion et travail « pour donner du corps au projet communiste ». Le congrès de l’an passé avait pointé les modifications sociologiques du département. Celles-ci ne sont pas forcément bien maîtrisées dans le détail mais se ressentent dans le vécu des camarades de toutes les sections. Beaucoup de mouvements de population réalisés ces 15/20 dernières années devraient nous conduire à approfondir la connaissance du terrain pour mieux agir. Ces bougés sont beaucoup liés à la structuration, aux évolutions de l’emploi. Sans contexte, la précarité institutionnalisée en mode de fonctionnement de la société SOUS TOUS CES ASPECTS STRUCTURANTS pèse. Emploi, école, formation, santé, sécurité, logement, cela a conduit des populations à se déplacer en région et même dans le département à l’intérieur. La question de l’éloignement du travail, de la baisse du pouvoir d’achat et la spéculation immobilière en sont des facteurs. Je ne développe pas, S. Rozes et R. Martelli l’avaient fait au congrès.

Pour autant, si nous sommes mieux implantés dans les villes que nous dirigeons et que nous connaissons mieux leur composition, toute la population qui habite et travaille dans le 93 nous intéresse.

Car consolider, conquérir, reconquérir de l’influence communiste passera incontournablement par nous rendre lisible, visible, crédible, auprès des populations vers lesquelles nous n’allons pas ou plus depuis trop longtemps, entre autre ceux qui composent le monde du travail et ça fait du monde et ils rayonnent autour d’eux.

Et au congrès et après, nous nous étions dit qu’il fallait porter une attention à ce qui se passe ailleurs que seulement dans les villes que nous dirigeons. Et donc porter une attention au parti, aux élus là aussi et à nos absences. Le résultat du référendum confirme ce besoin pour le parti.

La question structurante (pour la vie de l’humain) de l’emploi, d’un emploi choisi pour lequel on a été formé, on a espéré, d’un emploi intéressant, qualifié, valorisant, stable, correctement rémunéré. D’un parcours d’emploi qui puisse évoluer au cours de la vie, dans un cadre sécurisé. Cette question de l’emploi au sens noble du terme est une porte d’entrée pour le parti communiste pour nous adresser, nous faire entendre de milliers, de centaines de milliers de gens, de jeunes, de moins jeunes. Et cela, nous devons le faire, le prendre en compte dans notre activité quotidienne, notre expression.

Les événements que nous avons vécus lui donne d’ailleurs un sacré coup de projecteur. Cela nous confère des responsabilités pour engager des batailles politiques et faire des propositions.

Ce soir, nous n’aurons pas fait le tour de toutes les questions relatives à l’emploi dans le département.

Peut-être pouvons-nous en évoquer quelques uns, fruit de réflexions collectives travaillées depuis plusieurs mois et à la lumière de l’actualité.

D’abord, on ne peut parler emploi sans parler accès à l’emploi, et donc d’abord formation initiale qui prépare réellement et donc d’un autre niveau que ce que nous vivons.

L’article de Guy Tressalet dans l’humanité du 9 novembre pointe les responsabilités y compris après le mouvement de 98. Je ne répète pas, je considère que la Seine Saint-Denis a besoin d’un vrai plan d’envergure pour l’école du 3è millénaire, qui tienne compte de l’aggravation.

Il faut construire plus d’écoles, plus de classes, moins d’élèves encore que dans les ZEP, plus de professeurs, plus d’encadrement, plus de soutien intelligent, d’assistants sociaux, d’éducateurs spécialisés (attaqués dans leur métier), plus de personnel autour des enfants, des jeunes, y compris hors du milieu scolaire.

Il faut beaucoup d’argent et il y en a dans le pays. Nous devons exiger un budget de l’Etat d’une autre dimension, rien à voir avec des virgules.

Et j’oubliais, il faut former plus de personnel, pour pouvoir redonner du crédit, du sens à l’école, redonner de l’ESPOIR en l’AVENIR aux familles et d’abord aux jeunes eux-mêmes. Il faudra des moyens humains et matériels, du temps et de la gouvernance pour vérifier les résultats. Mais l’urgence est immédiate. Sans doute y a-t-il à beaucoup débattre, à construire des propositions, mais il y a urgence à REMATERIALISER l’avenir quand l’UTOPIE et le REVE ne font plus partie du paysage de la jeunesse ! Les batailles et notre engagement doivent être à la hauteur de cette réalité acide.

D’ailleurs, c’est une question de service public et de création et de qualité d’emploi public. L’éducation nationale, comme les autres services publics du 93, ont besoin d’un coup de fouet budgétaire immédiat et à plus long terme pour contrecarrer ces inégalités, ces discriminations raciales, spatiales criantes.

Au-delà de l’école, il y a besoin de plus de budget pour les collectivités locales, pour les offices publics HLM, pour la santé, etc.

Ne sont-ce pas là de grandes batailles pour l’emploi et pour un contenu de service public de progrès et moderne ? Le collectif avait initialement proposé que nous travaillions le recensement des besoins d’emploi dans tout le secteur public. C’est plus que jamais à l’ordre du jour. L’urgence sociale (et la stratégie communiste la « rencontre ») exige que nous le fassions avec les personnels et aussi avec les populations en ayant de l’ambition pour construire des batailles gagnantes.

Il ne s’agit pas simplement du poste qui manque ou même des départs à la retraite massifs. Il s’agit d’un véritable recensement des besoins de service public qui nous conduisent partout à engager débats et batailles, en rassemblant largement chômeurs compris. Ces luttes politiques ne se gagneront que si elles sont en prises avec le vécu quotidien des gens.

Etre offensif sur l’emploi, c’est aussi recenser le besoin d’emploi en travaillant avec les salariés sur le contenu de l’emploi, stable, besoin de formation, de qualification, dans les entreprises et groupes privés.

Lors de la réunion des syndicalistes communistes des grandes zones d’emploi, la question qui est apparue dominant les entreprises (PME, ...) et ce de façon transversale, c’est la présence forte de la précarité vécue au travail. Trop de travail et toutes les catégories d’emplois sont touchées par la précarité.

S’ajoute à cela que le département a la plus grosse concentration régionale de centres commerciaux de toutes tailles et que la règle dans ces lieux de non droit, c’est l’emploi et le salaire précaire.

Les communistes doivent être les chevaliers de l’anti précarité !

Interroger, débattre, consulter les salariés dans les entreprises, les grandes déjà où des organisations syndicales existent, parfois même des communistes isolés ou anciens. Travailler ensuite à l’indentification des besoins d’emploi en expliquant notre démarche pour qui ? Pourquoi ? C’est une ligne de pêche pour amorcer notre reconquête communiste dans les consciences du monde du travail du département. Et surtout c’est là notre terrain privilégié qui identifie nos valeurs dans la lutte concrète contre les inégalités.

Cela peut nous révéler des potentiels de besoins d’emploi et donc des emplois à gagner !

En donnant ce sens à cette bataille, nous pouvons solidariser des salariés actifs et sans emploi. De toute façon, il faut rechercher par tous les mécanismes possibles des liens à tisser entre jeunes, familles, chômeurs qui composent nos quartiers, nos villes. D’autant que ceux-ci voient s’installer des entreprises qui leur apparaissent comme des vitrines de magasin dans lesquelles on ne peut entrer !

Et il est vrai que malgré l’arrivée de nombreuses entreprises, l’exemple de la communauté d’aglo le montre, le nombre d’emplois transférés, crées augmentent en même temps que se poursuit une forte progression du taux de chômage.

Ce recensement des besoins d’emplois est déterminant pour notre activité et notre vécu quotidien de communiste. A condition d’y travailler avec une visée dépassant celle de l’entreprise dirigée par et pour les actionnaires pour la placer (l’entreprise) au cœur de la société, ayant pour but et finalité l’épanouissement de l’homme. La question du salaire en est un moteur incontournable. Poser la question de l’utilisation de l’argent pour quoi faire ? Ce n’est pas réservé seulement à la fabrication du médicament où là, l’utilité pour l’Homme doit remplacer la rentabilité.

Cette question se pose dans d’autres entreprises, toutes. D’ailleurs, nous devons exiger comme le font les organisations syndicales, le Conseil Général, si ce n’est un CODEF, une structure où siègeraient les partenaires pour intervenir sur l’attribution, la gestion et l’utilisation des fonds publics.

Notre action de communiste ne peut se résumer à nous opposer aux plans de licenciements, aux fermetures d’entreprises même si déjà il faut le faire. Ni au simple soutien à l’action des élus pour mettre en place avec des résultats certes, des missions pour l’emploi, des structures, des accords locaux, départementaux (charte Véolia, etc).

Bien sûr, il nous faut le faire et d’ailleurs en accord avec l’ADECR, nous proposons de mettre en place des réunions de travail régulières pour mieux échanger et construire. Nous participerons aux assises pour l‘emploi organisées par le Conseil Général dans le premier semestre. Mais tout cela ne suffit pas à rendre lisible, visible, un projet communiste départemental, à l’identifier.

Nous ne pouvons en rester là. Il nous faut hausser le ton, réintervenir sur des questions qui concernent l’aménagement du territoire en terme d’emploi. Or, regardez comment se conceptualise loin des gens le SDRIF et pourtant combien l’avenir s’y dessine. Ce n’est pas facile même entre nous. Dans ma section, à Rosny, nous avons un débat sur la nature de notre intervention quant à l’arrivée de Domus et les emplois pour les populations environnantes.

Où encore, nous avons besoin d’intervenir sur la nature des entreprises, quand elles s’installent, qu’elles entreprises, quels types d’emplois, pour qui, quelle utilisation des friches qui existent encore comme derrière l’hôpital de Neuilly sur Marne ?

(Il ne peut y avoir de sujet tabou ou réservé aux élus). Nous avons besoin de transversalité même si les pouvoirs d’intervention sont au départ limités ! Permettons-nous de faire intervenir largement les populations, les salariés. La mise en place de réunions régulières avec les élus dans ce domaine, dont j’ai parlé plus haut, peut nous y aider, sans doute faudra-t-il la décentraliser par bassin d’emploi. Intervenir aussi sur les pôles de compétitivité, sur le sens, sur leur rôle, avec les salariés, les élus, la population. En quoi aujourd’hui les jeunes du 93, pour autant qu’ils en sont informés, peuvent concrètement considérer cela comme une aubaine ?

Pour l’essentiel, il s’agit d’affichage mais là aussi tout est à jouer, notre engagement en dépend.

Il s’agit donc avec ces pôles, de la mise en concurrence de territoires, donc de population, d’entreprises, donc de salariés. Le but n’est pas l’emploi, l’humain, il est « la recherche du meilleur intérêt pour le capital ». En dehors de toute promotion de l’emploi, du développement de filières industrielles ou/et technologiques.

D’ailleurs, le chiffre avancé par le gouvernement pour s’y investir dès le début est significatif de paroles plus que d’actes. 1,5 milliards d’euros, soit 500 millions par an pour les 67 pôles. Dans le même temps, entre 1993 et 2004, il y a eu 153 milliards d’euros d’exonérations sociales patronales, soit 14 milliards par an. En 2005, 21 milliards et 26 en 2006.

Nous pouvons encore intervenir, les élus essaient également. Il y a besoin de coopération à l’inverse ; des territoires, des entreprises, des savoirs faire, des partenaires. La question de la gouvernance dans laquelle, pour l’instant les salariés ne sont pas, est décisive.

Là aussi, il nous faut réfléchir pour être force de propositions sur la formation, pôle image, recherche, etc.

En amont de ce débat, se pose la question d’un avenir industriel dans un département qui a une histoire, un vécu, une réalité bien présente encore.

L’industrie, est-ce seulement synonyme d’usine ou aussi de nouvelles technologies, de formations adéquates, de métiers qu’il faut ressourcer ?

55.000 salariés travaillent encore directement dans l’industrie et il y en a autant qui travaillent de près ou de loin à ce qui est lié à l’industrie. Et je ne compte pas les 26.000 salariés du transport qui pour beaucoup travaillent dans ce secteur.

Au total, cela fait plus d’un tiers des salariés du privé. Ce n’est pas rien !

La Seine Saint-Denis est toujours et encore porteuse de perspectives d’emplois industriels. D’abord, à partir de l’existant. Cela exige de combattre les fermetures d’entreprises, à fortiori comme c’est souvent le cas lorsqu’elles sont viables. C’est le cas avec Aventis, avec EDF et l’ouverture du capital injustifiée comme ils l’ont fait en d’autres temps avec les télécoms. Mais aussi Alstom, Areva, ...

Comment, dans un département aussi riche de capacité avec les Facs, les IUT, la plate forme Roissy, l’axe Marne la Vallée Fac aussi, les projets environnementaux écopole, les pôles bancaires très présents indissociables d’un développement de l’industrie, de l’emploi ; Comment donc ne pas être plus porteur de perspectives d’avenir en matière de renouveau industriel ? Il y a à travailler cette question pour nous. Et il y a à nous dire franchement entre nous qu’adopter cette posture, lui donner du souffle, peut nous permettre de reconstruire de l’espoir dans la création d’emploi massive.

Cela ne veut pas dire que tous les autres secteurs, tertiaires notamment, ne donnent pas d’emploi au 93. Mais cela veut dire en tout cas que qu’ils apparaissent plus comme une vitrine que la population regarde sans pouvoir rentrer dans le magasin.

Autre question d’actualité ; Discrimination raciale et spatiale !

Je crois, j’en suis sure même, qu’il nous faut dénoncer bien sûr, agir c’est certain, plus qu’on ne l’a fait. Réclamer des sanctions « à l’image de ce qui se fait avec l’article 55 de la loi SRU sur le logement », pour les patrons qui ne pratiquent pas l’embauche environnementale de façon privilégiée. Il faut faire mettre en concordance les paroles et les actes.

De ce point de vue, les organisations syndicales engagent des batailles, nous devons passer un cap. Cette situation s’est aggravée, elle est intolérable et elle appelle des actes forts. Je le dis carrément et cela ne concerne pas que la JC. Mais notre action communiste partout, élus compris.

Dernière question que j’aborderais avant d’en venir à l’outil qu’il nous faut pour construire tout cela ; La démocratie but et moyen.

La CFDT l’a souligné quand nous l’avons rencontrée, les syndicalistes communistes des zones d’emplois, les camarades de Roissy, beaucoup de ces zones sont de non droits. Où le droit élémentaire de se réunir, de se soigner, de se détendre, d’avoir de l’information, de se nourrir collectivement n’a pas droit de cité. Dans les entreprises, seul existe le droit de se taire. Ouf !

Il faut lutter pour avoir le droit de s’organiser syndicalement. 95% des entreprises sont des PME, petites et moyennes entreprises et même souvent, de très petites.

Les actionnaires y font la loi, les salariés trinquent. Nul droit citoyen n’y est reconnu. D’ailleurs, l’exemple est donné au plus haut niveau car le préfet n’a toujours pas reçu la CGT, la FSU, et qu’il n’y a plus de CODEF.

La démocratie participative que nous appelons de nos vœux n’a pas vocation que dans les villes et les quartiers. Les entreprises font partie de la ville même si beaucoup de ces entreprises cultivent la non intégration.

Si le travail est constitutif de la vie, et il l’est, l’entreprise a une responsabilité sociale, économique, les salariés en sont les citoyens.

Le Parti Communiste, là aussi à partir des réalités que nous connaissons de celles que nous commençons à identifier, se doit de mener la bataille pour obtenir des droits pour les salariés. Cela veut concrètement dire intervenir avec nos élus en amont et en aval, là où ils siègent pour obtenir locaux et droits pour les grandes zones comme à Roissy, mais pas seulement là.

Cela veut dire, faire participer, financièrement, à l’aménagement du territoire local. On va me dire que cela se fait déjà, pas partout et sans doute pas à l’échelle. Cela veut dire également, peser avec les salariés, les organisations pour que soient instaurés des droits transversaux dans ces zones inter entreprises.

Aujourd’hui, il est interdit de distribuer des tracts dans les centres commerciaux sans avoir les « vigiles aux fesses », ou dans des ZAC même, soit disant pour des raisons de sécurité. Le tout sécuritaire sert bien les intérêts patronaux ! Dans quel siècle vivons-nous ?!

La démocratie, c’est agir pour que les salariés aient un droit de regard, un pouvoir effectif d’intervention sur l’avenir de l’entreprise, sur la production, sur l’organisation du travail, la finalité. Nous avons à réinvestir ce champ pour nous faire entendre et nous permettre d’engager le débat avec les salariés du département où qu’ils soient. J’ajoute que ces questions sont à traiter dans les sections locales.

Je fais donc la transition avec le point de la réflexion du collectif sur l’outil communiste nécessaire.

1er aspect : je lève tout de suite une question, 50% des salariés du département n’habitent pas le 93 et donc cela vaut-il la peine d’aller vers ceux-ci ? Trois fois oui. D’abord, une partie importante des dyonisiens travaillent en région, ailleurs et j’espère que le parti se pose les mêmes débats aussi. 2/3 des salariés parisiens n’habitent pas la capitale et le parti travaille vers eux. Tout cela a contribué au « NON » du 29 mai. La reconquête de l’influence communiste en région passera incontournablement par une activité plus dense, plus large vers le monde du travail. Du reste, le résultat du 29 mai a montré que la bascule a été faite grâce à l’engagement sur le « NON » de ce monde du travail. Notamment les ouvriers, employés, cadres, professions intermédiaires, chômeurs. Cela veut-il dire que cet électorat est tout entier voué à voter communiste ? Certes non !

Mais il est clair que le potentiel antilibéral est fort et que, additionné du mécontentement social que nous connaissons qui perdure, ce sont des facteurs privilégiés pour travailler à ouvrir une perspective de progrès à gauche. Et le champ est vaste ! Ce « NON » majoritaire dans le pays, surtout ici, l’a été au-delà de notre activité ou de celle de la CGT. Cette réserve de soif d’autre chose nous tend les bras ! Allons-nous saisir ce potentiel ou le laisser perdre ?

Malgré la criminalisation de l’action syndicale, la guerre à la CGT, 2 double pages dans le Parisien en 2 jours, les salariés luttent et obtiennent, comme les cheminots hier qui ont gagné pas mal de choses pour l’avenir de l’entreprise et donc pour les salariés.

Dans les têtes, cependant, coexistent aussi fatalisme et radicalisme, les sondages pointant Sarkozy en hausse le montrent.

Les questions qui ont conduit à 2002 soit la distance, le manque de confiance vis-à-vis du politique et le manque de perspectives à gauche même après le congrès du PS et la tournure présidentialiste du débat actuel compliquent notre activité, surtout si on ne se frotte pas au débat.

Nous avons à travailler politiquement dans tout ce « barda » avec notre stratégie (forum je ne développe pas) mais aussi pour répondre à la forte attente politique des salariés, des populations. La souffrance est énorme dans un pays riche où l’argent va toujours plus aux riches, à ceux qui exploitent. Nous ne pourrons nous contenter de répondre superficiellement ou par des formules.

Nous sommes absents depuis trop longtemps dans notre activité de la vie des entreprises, telles qu’elles sont en 2005. Cette absence, nous la payons cher car le manque de débats, de batailles communistes fait défaut.

Avant, on pouvait nous accuser de doubler le syndicat et ce n’était et ce n’est pas la bonne attitude mais aujourd’hui même, si nous avons reconstruit un peu de la présence communiste régulière chez Citroën, dans les luttes, à Paris Nord II, c’est encore à la marge.

Il ne s’agit pas pour le parti d’être un syndicat bis et d’ailleurs nous avons la chance d’avoir un syndicalisme puissant et reconnu. Une CGT respectée et redoutée.

Il s’agit plutôt de construire dans l’activité du parti dans les propositions, les initiatives, les luttes politiques, un projet de changement qui puisse aider à passer de l’antilibéralisme du 29 mai, à un contenu transformateur pour le progrès social, humain, économique.

Pour ce faire, il nous fait porter le débat là où le capitalisme à sa source, là où les contradictions sont les plus criantes pour le salarié : l’entreprise.

Or aujourd’hui, il nous faut bien constater que notre activité est centrée vers la locale. Qui porte souvent des questions générales.

Redimensionner notre activité, la recentrer est nécessaire pour nous placer en conquête.

Cela veut-il dire ne plus faire de local ? Non. Mais en tout cas, indiscutablement, il y a à bouger le centre de gravité de notre activité. Il faut en discuter tranquillement dans chaque section.

Nous sommes en train de rencontrer les secrétaires de section et sommes disponibles pour aider. D’abord à identifier les entreprises, les zones d’emplois, travailler à la connaissance des adhérents qui travaillent dans les entreprises dans leur section. A les aider à réfléchir à un plan de travail ambitieux et réaliste.

Nous avons, je l’ai dit, réuni des animateurs syndicalistes communistes de grandes zones. Ils ne seront pas les premiers animateurs du parti mais il sont tous d’accord pour contribuer pleinement au rayonnement du parti.

2 pistes se dégagent dans ces lieux :

a) réunir les sections alentour afin de constituer un réseau de présence et d’intervention communiste avec un animateur identifié comme tel.

b) réunir les adhérents connus ou retrouvés, anciens, de ces zones pour mieux identifier les questions auxquelles sont confrontés les salariés pour intervenir au plus juste. Plus généralement, soit par circonscription, par bassin d’emploi, nous souhaitons réfléchir à une mise en réseau ou collectif.

Des sections sont sans doute capables d’avoir un responsable, un collectif, alors allons-y ! D’autres font déjà beaucoup de présence, de liens, depuis le référendum, continuons !

Plus généralement et s’il y a besoin d’aide, nous travaillerons aussi en réseau fédéral en prenant en compte les moyens des uns et des autres et donc les priorités. Nous devons, comme cela s’est fait au Conseil Général, reconstruire ou construire de l’activité communiste dans les hôpitaux, les grandes entreprises, revenir à un parrainage régulier des mairies, toutes.

Trouver des portes d’entrée au sens propre et figuré dans les grands commerces. Enfin, les camarades cheminots et électriciens se positionnent sur des collectifs régionaux, départementaux. Comme la RATP, mais là il nous faut ajuster pour qu’ils ne soient pas absents de la construction politique fédérale, nous débutons un travail sur un collectif service public, il faudra lui donner aussi un contenu, pas seulement salariés mais besoin de quel service public, moderne, efficace en 2005.

Nous souhaitons et nous réaliserons dans le premier semestre, une formation avec Nasser Mansouri et une ou des soirées à thème sur par exemple le mouvement social et politique que Joël nous aidera à construire.

Nous avons enfin besoin d’un aller et retour dans les informations sections/fédé pour mieux en faire profiter tout le monde et s’en servir comme point d’appui. Sur les actions locales, sur l’emploi, la précarité, les discriminations, de ce point de vue, nous avons à retrouver le chemin de l’ANPE et des Assedics. En même temps, de nombreux chômeurs n’étant pas indemnisés, il faut les joindre dans les quartiers. Nous avons besoin de solidariser les débats, les constructions politiques entre salariés et sans emploi.

N’hésitons pas à écrire sur les questions que nous abordons ce soir et à diffuser dans les villes. Le monde du travail est dans nos cités. Celui qui travaille et habite, ou n’habite pas, celui qui a un travail, celui qui n’en a pas, celui qui aspire à cela pour ses enfants, celui qui aspire à une retraite méritée.

Ces questions de société et toutes celles qui les accompagnent sont dans les têtes. Il serait dommage de ne pas le mesurer.

A l’entreprise, toutes les questions sociétales s’y débattent. Ce qui vient de se passer dans les banlieues, la question du logement, de l’environnement, de la santé, de la sécurité, du pouvoir d’achat... N’ayons pas d’a priori pour aller à la porte des entreprises, à la rencontre des salariés à la gare, au restaurant d’entreprise, mesurons en même temps que dans une boîte aujourd’hui, il y a dix situations différentes, avec des statuts différents, des acquis différents, et que chaque salarié, individu a un rapport à l’entreprise qui lui est propre, surtout plus de généralité.

En conclusion, je dirais qu’ici, chacun a vécu la campagne référendaire en voyant monter l’enthousiasme, les attentes aussi. Dans le parti, cela s’est senti. Beaucoup de camarades nous ont rejoints, notamment des syndicalistes, et eux aussi ont de fortes attentes du parti, notamment qu’il prenne à bras le corps ce challenge, sous peine de passer à côté d’un formidable potentiel et de décevoir !